Pourquoi est-ce si dur de prendre un premier rendez-vous chez le psy ?

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Depuis la crise du Covid, les personnes démarrant un suivi psychologique pour la première fois sont en nette augmentation. Si l’on en croit les statistiques des sites de réservation en ligne, le nombre de réservations pour un premier rendez-vous serait jusqu’à deux fois supérieur à la moyenne habituelle, en 2021 et en 2022.

Pourtant, ce premier pas dans la thérapie reste celui qui demande le plus d’efforts. Quels facteurs peuvent expliquer cette difficulté ?

Le prix

La plus raison évidente pour entraver l’accès aux soins psychologiques est son coût. « Je n’ai pas les moyens de payer jusqu’à 80€ par semaine pendant plusieurs mois… »

En effet, une faible proportion de personnes peut se permettre un tel budget. Les dispositifs de remboursement des psychothérapies par la Sécurité Sociale sont aujourd’hui tout à fait insuffisants, voire inexistants. De nombreuses institutions proposent des consultations gratuites (hôpitaux, associations, CMP…), mais les demandes y sont nombreuses et il peut y avoir jusqu’à plusieurs mois d’attente, même pour les enfants.

Pour pallier cette difficulté financière, vérifiez auprès de votre mutuelle si elle rembourse un certain nombre d’entretiens et à quel coût : plusieurs mutuelles remboursent les psychothérapies, notamment d’approche TCC.

Choisissez aussi votre thérapeute en fonction de ses tarifs, et de son approche (puisque certaines sont mieux remboursées que d’autres). Selon les approches, les thérapies n’auront pas non plus toutes la même durée. Certains choisissent de consulter un psychiatre plutôt qu’un psychologue, qui est moins formé à la thérapie, mais remboursé par la Sécurité Sociale…

Vérifiez aussi si votre thérapeute propose un tarif réduit, qui pourrait s’appliquer à votre situation.

Un tabou encore présent

Prendre soin de sa santé mentale est un besoin de mieux en mieux compris et accepté, notamment chez les plus jeunes générations. Pourtant, de nombreuses idées préconçues persistent, et d’aucuns refusent d’aller consulter, considérant ce comportement comme un « aveu de faiblesse ». Une étude de 2020 montre par exemple que, chez les policiers, une majorité considère qu’un besoin de soins psychologiques implique de ne plus être apte à exercer son métier. En dirait-on autant d’une grippe ? Considère-t-on qu’avoir besoin de médecins pour guérir d’un cancer soit un signe de faiblesse personnelle ?

Même chez les patients commençant un suivi, beaucoup refusent un traitement médicamenteux, craignant qu’il modifie leur identité, ou préférant « surmonter leurs difficultés par leur propre force ». Ne pas considérer les médicaments comme suffisants pour voir un changement est une bonne chose, mais il est dommage de se priver de cette possibilité par simple principe…

Il y aura encore du chemin à parcourir pour lever tous les stéréotypes, et donner à notre santé mentale la même importance qu’à notre santé physique.

Par ailleurs, même sans aucun a priori sur les consultations psychologiques, faire le pas d’aller se confier sur des soucis intimes à un·e inconnu·e demande du courage et de la motivation. Gardez en tête que se livrer à quelqu’un qui ne vous connaît pas, et dont c’est le métier, peut au contraire être très libérateur !

Le manque de professionnels

Parfois, même avec toute la bonne volonté du monde, il est tout simplement trop difficile de trouver un professionnel qualifié. Désert médical ? Listes d’attente de plusieurs mois ? Temps de présence insuffisant dans l’institution à laquelle vous avez accès ? Absence de professionnels de la spécialité que vous recherchez dans votre région ? Déplacement à l’étranger ?

Malheureusement, sur cette difficulté, il y a peu de choses que vous puissiez faire vous-même. Considérez la possibilité des consultations en visio pour pouvoir profiter de professionnels habitant loin de chez vous. Renseignez-vous également sur le type de professionnel qui vous conviendrait : si vous savez vers quoi vous orienter, vous pourrez rechercher plus efficacement un professionnel (bons mots-clés sur internet, etc), et vous ne perdrez pas de temps à avoir attendu longtemps un suivi qui ne vous correspond pas.

De mauvaises expériences

« J’ai déjà consulté quelqu’un auparavant, mais ça n’a servi à rien et ma situation ne s’est pas améliorée du tout… »

Si je recevais un euro à chaque fois que j’entends cette phrase, je pourrais rembourser mes études d’ici la fin de ma carrière (N.B. : j’ai fait beaucoup d’études).

Le découragement, le manque d’énergie pour se répéter, et l’impression d’avoir perdu du temps et de l’argent, sont de véritables freins à la consultation d’un nouveau professionnel. Ne vous découragez pas ! Il n’y a qu’en continuant d’essayer que vous pourrez trouver le professionnel qui vous convient. Vérifiez une nouvelle fois la question de votre orientation : les thérapeutes consultés auparavant étaient-ils spécialisés dans votre situation ? Leur manière de travailler vous convenait-elle ? N’hésitez pas à contacter le psychologue de votre choix avant de réserver un rendez-vous, pour lui demander plus d’informations sur sa pratique.

Balance de la justice et un marteau de juge

Un manque de temps…

Nous vivons dans une période et une société où nous courons tout le temps, tous les jours. Il est de plus en plus difficile d’avoir du temps libre, et a fortiori de prendre ce temps pour soi. Même dans nos loisirs, nous ressentons le besoin d’être productifs, d’être performants, d’être meilleurs… Un véritable réapprentissage est nécessaire pour que nous réapprenions à faire une activité uniquement pour le plaisir ou la détente qu’elle procure.

 

Pour beaucoup, il paraît donc inenvisageable de consacrer du temps à prendre soin de soi, que ce soit pour préparer de vrais repas, pratiquer un sport, commencer un loisir, ou un suivi psychologique. Réfléchissez aux activités invisibles qui vous occupent plusieurs heures dans la semaine (des temps de trajet muets, se laisser porter par des pages lues sur le téléphone ou l’ordinateur, rumination de pensées…). Quelles activités pourriez-vous faire sur ces temps ? Comment les adapter ?

 

Les activités qui vous font du bien ne vous font pas seulement perdre du temps : si vous vous sentez plus détendus, mieux reposés, plus efficaces, mieux dans votre peau, vous pourriez très bien regagner du temps sur les autres activités.

Un changement impossible ?

Un nombre très important d’individus, notamment chez ceux souffrant d’un trouble anxieux, souffrent d’un trouble pendant des années avant de consulter pour la première fois à ce sujet. Nous sommes d’une manière générale peu informés sur la santé mentale, et ne savons pas quelle situation pourrait bénéficier d’une prise en charge ou non. Tout particulièrement, beaucoup considèrent que l’origine de leurs difficultés fait partie de leur personnalité.

« Je suis une personne anxieuse, j’ai toujours été comme ça. »

Un bon thérapeute fera la différence entre votre personnalité et votre problème. Le changement psychologique n’impliquera jamais de changer votre identité !!

La souffrance ne fera jamais partie de qui vous êtes. Si votre situation ne vous convient pas, imaginez ce que vous aimeriez voir changer !

Chacun de vos pas compte, y compris le premier. Alors lancez-vous !

Si vous recherchez un professionnel qui reçoit encore de nouveaux patients actuellement, vous pouvez consulter ma page d’adressage. Pour d’autres motifs qu’un suivi psychologique, vous pouvez aussi regarder les types de consultations proposés.

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