Psy-quoi ? S’y repérer dans les métiers psycho & crimino

Temps de lecture : 10 minutes

Vous vous intéressez à la psychologie ou à la criminologie, mais vous êtes complètement perdu·e dans le vocabulaire ? C’est parfaitement normal !

On décrypte dans cet article un peu de vocabulaire sur des métiers et concepts en lien avec la justice et la santé mentale.

Psychologue – Psychiatre – Psychothérapeute – Le reste
Criminologue – Psychocriminologue – Profileur

Dans le champ de la santé mentale

Le psychologue

Un titre protégé

Le titre de psychologue est protégé par la loi depuis seulement 1985. Avant, n’importe qui pouvait se faire appeler « psychologue », sans le moindre diplôme. Aujourd’hui, il est interdit d’utiliser cette appellation au niveau professionnel si l’on ne remplit pas les conditions de détention du titre de psychologue :
– Avoir validé 5 ans d’études en Psychologie à l’université : une Licence de psychologie de 3 ans, et un Master de psychologie de 2 ans. (Si on fait une licence de droit et un master de psychologie, on n’est pas psychologue !)
– Effectuer 500 heures de stage clinique (= de prise en charge de patients) durant la dernière année d’études.
– Avoir réussi l’examen de soutenance du rapport de stage, devant un jury composé d’universitaires et du tuteur de stage.

Chaque psychologue doit pouvoir prouver à ses usagers qu’il dispose bien de son titre. Pour cela, il a l’obligation de s’enregistrer auprès de son Agence Régionale de Santé, qui vérifie ses diplômes, pour obtenir un numéro RPPS. Le psychologue doit par exemple indiquer ce numéro sur son site internet et sur tous ses écrits professionnels. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez exiger qu’il vous le fournisse à n’importe quel moment, puisqu’il est obligatoire pour exercer. Vous pouvez vérifier l’enregistrement d’un professionnel en libre accès sur internet.

Si vous avez l’impression qu’une personne se fait passer pour un psychologue, vous êtes en droit de porter plainte ou de faire un signalement aux autorités : l’usurpation du titre de psychologue est passible d’un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende.

Que fait le psychologue ?

Tous les psychologues ne travaillent pas de la même manière. Certaines approches sont plus répandues et connues que d’autres : les TCC, la systémie, la neuropsychologie, la psychologie du travail, … En réalité, il existe presque autant de manières de travailler que de psychologues. Ces noms d’approche vous permettent surtout de vous repérer, et choisir un professionnel dont la méthode vous conviendrait.

Attention, les noms de ces approches ne sont pas protégés par des titres spécifiques. Ainsi, parmi les psychologues, n’importe lequel peut par exemple dire qu’il fait de la neuropsychologie. Il s’agit ici plus d’un éclairage sur la spécialité du professionnel.

Actuellement, le statut juridique des psychologues est très précaire : ils n’existent pas dans le Code de la Santé Publique ; ils sont donc seulement une profession « assimilée » à la santé, ni médicale ni paramédicale ; ils ne disposent pas d’un Ordre des psychologues, et leur Code de Déontologie n’est pas protégé juridiquement. À moins de travailler dans certains milieux (hôpital, protection de l’enfance, Éducation nationale, expertise judiciaire), ils ne sont donc pas protégés par le secret professionnel. Il existe des tentatives de remboursement des entretiens auprès de psychologues par la Sécurité sociale (dispositif « Mon Soutien Psy »), mais, dans ces conditions, elles sont dangereuses pour les patients et les professionnels, et donc boycottées par la plupart des psychologues.

Le psychiatre

Un titre protégé

Le psychiatre est un médecin : il a effectué 6 ans d’études du tronc commun de médecine générale, puis un internat en psychiatrie de 4 ou 5 ans. En tant que médecin, il s’agit actuellement du seul professionnel de santé mentale qui peut prescrire des médicaments et rédiger une ordonnance. C’est donc également le seul qui peut prendre la carte vitale aujourd’hui, et être remboursé par la Sécurité sociale.

Formé au tronc commun des études de médecine, il a la capacité de faire un diagnostic différentiel avec des pathologies somatiques, et des connaissances en pharmacologie bien plus approfondies que celles des psychologues.

Il peut être très intéressant pour un patient d’être suivi à la fois par un psychiatre et par un psychologue, pour bénéficier à la fois d’examens complémentaires et d’un traitement adapté lorsque c’est nécessaire, et d’entretiens de psychothérapie suffisamment longs et fréquents pour permettre une bonne prise en charge. Si vous le souhaitez, vous pouvez autoriser les professionnels qui vous suivent à s’échanger des informations vous concernant pour travailler en équipe ! On peut alors parler de secret professionnel partagé.

Que fait le psychiatre ?

Alors que le psychologue est spécialiste de la prise en charge de la souffrance psychique, par la psychothérapie, on peut considérer que le psychiatre a deux missions principales :
Poser un diagnostic. Même si le psychologue doit le plus souvent poser un diagnostic clinique lui-même pour pouvoir travailler, c’est juridiquement aux médecins que revient cette responsabilité. Cela s’explique notamment par le fait que seul le psychiatre est formé en médecine, et donc capable d’éliminer une explication biologique aux symptômes de la personne.
Prescrire un traitement. Recevoir un traitement médicamenteux n’est pas systématique, mais dans certains cas, cela peut être nécessaire ou utile. En psychiatrie, le traitement peut être un antidépresseur, un anxiolytique, un somnifère, un calmant, un antipsychotique …

Ses entretiens sont généralement plus courts : autour de 20 minutes pour un psychiatre, contre 1 heure en moyenne chez un psychologue. Cela étant, de nombreux psychiatres, notamment ceux travaillant en libéral, font aussi de la psychothérapie, après avoir suivi une formation complémentaire.

Le psychothérapeute

L’appellation de psychothérapeute est également un titre protégé par la loi, depuis seulement 2008. Il désigne les professionels formés à la prise en charge de la souffrance psychique par la thérapie. Pour l’obtenir, il faut avoir suivi au moins 400 heures de formation sur les pathologies psychologiques (la psychopathologie), et un stage clinique de 5 mois. Désormais, seuls les psychologues et les psychiatres peuvent demander l’obtention de ce titre. Vous pourrez donc rencontrer des psychologues–psychothérapeutes, et des psychiatres–psychothérapeutes.

Puisque ces conditions sont souvent remplies lors de leur formation initiale, la plupart des psychologues et des psychiatres obtiennent automatiquement le titre de psychothérapeute en finissant leurs études. En général, les psychologues qui ne sont pas psychothérapeutes sont ceux qui ne sont pas des cliniciens : des psychologues du travail, qui ne font pas de thérapie, ou des enseignants-chercheurs, qui ne rencontrent pas du tout de patients. Les psychiatres qui ne sont pas psychothérapeutes font généralement uniquement du diagnostic et de la prescription.

Attention, la réservation du titre de psychothérapeute aux psychologues et psychiatres est assez récente. Il existe donc encore des professionnels « psychothérapeutes » qui ont suivi une formation de 400 heures et un stage de 5 mois, mais ne disposent pas des autres diplômes requis et ne sont ni psychologues ni psychiatres.

Tous les autres psycho-trucs

Psychanalyste, psychopraticien, thérapie psychodynamique, corporelle, énergétique, spirituelle, organique … Aucune de ces appellations n’est protégée par la loi et ne correspond à un diplôme reconnu par l’État. Ces méthodes ne sont pas appuyées scientifiquement, et n’ont pas fait la preuve de leur efficacité au-delà d’un éventuel effet placebo. Les « thérapies » qui n’utilisent pas le mot « psychothérapie » (protégé par le titre), et ne sont pas pratiquées par un psychologue ou un psychiatre, entrent dans la catégorie du charlatanisme. Les psycho-trucs sont un peu l’homéopathie du champ de la santé mentale. La présence d’un des trois mots « psychothérapeute », « psychologue » ou « psychiatre » est obligatoire si vous souhaitez rencontrer un professionnel qui dispose d’un véritable diplôme. Un hypnothérapeute qui n’est pas psychologue ou psychiatre à côté n’est jamais allé à l’université. Soyez donc très attentifs aux termes utilisés lorsque vous choisissez un professionnel.

De manière aléatoire, certaines de ces personnes sans formation peuvent effectivement vous aider à avancer, ou vous faire découvrir de nouvelles manières intéressantes de considérer votre parcours et vos expériences. Si vous choisissez de quand même consulter ce type de personnes, méfiez-vous principalement de ceux qui jouent sur les mots pour se faire passer pour des professionnels détenteurs d’un titre protégé. Dire que l’on est « thérapeute » et pas « psychothérapeute », parler de « thérapie psychologique », ou dire que l’on fait des thérapies cognitivo-comportementales sans préciser que l’on est psychologue, sont des stratagèmes trompeurs qui laissent penser à tort que la personne dispose d’un diplôme, mais sont malheureusement autorisés par la loi actuellement, alors qu’ils vous mettent en danger.

En d’autres termes, les titres de psychologue, psychiatre et psychothérapeute sont protégés par la loi et réservés aux personnes diplômées, mais l’exercice de la psychothérapie n’est pas protégé et réservé à ces seuls professionnels. En cas de doute, demandez au professionnel son numéro RPPS ou une copie de ses diplômes universitaires, et n’acceptez que des diplômes universitaires de Master 2 de psychologie ou de doctorat de médecine (avoir fait un D.U. en psycho ou en médecine ne suffit pas à se prétendre psychologue ou psychiatre !). Sans cela, passez votre chemin, ou envisagez de porter plainte pour usurpation de titre…

Dans le champ de la criminologie

Le criminologue

La France fait partie des pays qui n’ont pas encore de discipline universitaire de criminologie, donc pas encore de diplôme universitaire de criminologie, et qui n’ont pas encore protégé le titre de criminologue. N’importe qui peut donc se dire criminologue, sans aucune formation, ou après des formations de piètre qualité. Actuellement, il est donc plus intéressant d’utiliser le mot « criminologue » comme indication de la spécialité d’un professionnel issu d’un métier reconnu. Par exemple, un psychologue-criminologue, un avocat criminologue (spécialisé par exemple dans le droit pénal), un éducateur criminologue (par exemple un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation). Actuellement, si quelqu’un vous propose une formation en « criminologie » ou se dit « criminologue » en France, sans mention d’un titre protégé par la loi, vous êtes face à un charlatan.

Le psychocriminologue

Un autre psycho-truc ! Les remarques précédentes s’appliquent : le psychocriminologue n’est pas un psychologue. Ce n’est pas un titre protégé par la loi et il ne correspond à aucun diplôme universitaire. Si vous voyez un professionnel se présenter comme psychocriminologue sans faire mention à côté d’un titre protégé, cette personne n’a aucune formation universitaire. Ne lui confiez pas votre situation !

Le profileur

Le profileur est quelqu’un qui prétend faire du profilage criminel. Il ne s’agit pas d’un titre protégé, il ne demande donc aucun diplôme, ce qui n’est pas étonnant puisque si l’on écoute les études scientifiques, il n’est aujourd’hui pas possible de faire du profilage. Nous ne connaissons pas les infractions assez parfaitement pour relier des caractéristiques de coupables à des caractéristiques de scènes de crime (cela ne risque pas d’arriver sans discipline universitaire de criminologie, sans recherche scientifique en criminologie, et avec des approches non scientifiques majoritaires sur le terrain, qui augmentent le risque d’erreurs judiciaires). De plus, n’importe qui peut commettre une infraction, et la majorité d’entre elles ne dispose donc pas d’un profil-type. Oubliez Esprits Criminels, c’est de la littérature !

Mentions spéciales

Le docteur

Il est fréquent de confondre les docteurs et les médecins. En réalité, le docteur est la personne titulaire d’un doctorat, quelque soit sa discipline universitaire… On peut être docteur en droit, en mathématiques, en médecine, en psychologie, … Le titre protégé de docteur désigne donc une personne qui a validé le plus haut niveau de formation universitaire reconnu, et qui est formée à la recherche dans sa discipline, plutôt qu’un médecin. Le médecin est docteur en médecine, et a terminé un internat dans sa spécialité médicale (médecine générale, psychiatrie, médecine légale, neurologie, …).
Certains psychopraticiens jouent sur cette ambiguïté pour donner l’impression qu’ils ont suivi une formation universitaire dans le champ de la santé mentale. On a ainsi déjà vu des docteurs en littérature ou en sciences de l’éducation, qui pratiquent la psychothérapie en se présentant comme « Dr Untel », laissant imaginer qu’ils sont docteurs en psychiatrie ou en psychologie. Ne vous fiez donc pas à ce titre tant que vous ne savez pas à quelle discipline il est rattaché !

On parle également de doctorant pour désigner une personne qui est en train de faire son doctorat. Le doctorant n’est donc pas encore docteur et n’a pas de titre protégé. En France, le titre de psychologue est accordé après le Master et non après le doctorat, et le doctorat de psychologie n’est pas réservé qu’aux psychologues. Ainsi, la majorité des doctorants en psychologie que vous croiserez sont déjà psychologues, et ceux qui ne le sont pas ne le seront pas grâce à leur doctorat !

Le psychanalyste

Historiquement, la psychanalyse est la toute première approche ayant existé en psychologie. Pourtant, le terme de psychanalyste n’est pas un titre protégé. En théorie, n’importe qui peut donc utiliser cette appellation. En conséquence, il existe donc deux types de psychanalystes :

Les psychologues – psychanalystes et psychiatres – psychanalystes. Ce sont des psychologues ou des psychiatres, qui précisent être psychanalystes pour expliquer que c’est l’approche qu’ils utilisent pour travailler. Ce sont donc des professionnels diplômés, qui ont choisi la méthode de la psychanalyse (dont l’efficacité n’est pour l’instant pas prouvée scientifiquement, et au sein de laquelle de nombreuses dérives ont été identifiées).

– Les personnes qui disent juste être « psychanalystes ». Faites attention : ces personnes ne disposent d’aucun diplôme reconnu par l’État. Un professionnel qui dispose d’un titre le précisera toujours. Un psychanalyste qui n’est pas psychologue ni psychiatre n’a aucune formation universitaire, même si certains ont fait des lectures, et réussi à s’inscrire dans de la formation continue. Évitez ces professionnels, qui ne disposent pas d’un numéro RPPS.

Il n’est pas forcément facile de savoir à l’avance quel type de professionnel vous conviendra le mieux, entre un psychologue – psychanalyste et un autre type de psychologue. Si vous en avez la possibilité, n’hésitez donc pas à rencontrer plusieurs professionnels avant de faire votre choix, pour voir ce qui vous convient le mieux !

Restez vigilants quand vous choisissez un professionnel à qui confier votre santé mentale, votre situation délicate ou vos économies. La France est actuellement très en retard sur la communauté internationale concernant la formation dans ces disciplines et la reconnaissance et l’encadrement juridique des professions et des pratiques. Vous pouvez être très mal accompagnés par un professionnel diplômé, même universitaire, même expérimenté, même expert judiciaire. Prenez le temps de vous renseigner sur les approches théoriques lorsque vous choisissez votre professionnel, n’hésitez pas à en changer si vous en avez la possibilité, et posez des questions à un professionnel indépendant si vous avez des doutes concernant le professionnel qui vous suit actuellement. Nous avons encore beaucoup de travail pour moderniser nos pratiques dans le champ de la santé mentale, de la criminologie et du droit, mais la situation va s’améliorer au fil des ans.

L’association ACOPsy propose une pétition pour demander la définition de l’acte de psychothérapie, et la protection de l’exercice des psychothérapies. La pétition vise à réserver ces missions aux professionnels titulaires de diplômes universitaires (psychologie ou médecine), ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Cet article propose uniquement les définitions indispensables pour comprendre et naviguer sur mon site web et savoir comment choisir votre professionnel, mais si la psychologie légale vous rend curieux·se, vous pouvez lire le site de vulgarisation en libre accès sur le sujet !

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