Comment réagir face à une personne qui tient des propos délirants ?

Statue en marbre à l'écoute

Temps de lecture : environ 5 minutes

Maladie neuro-dégénérative (Alzheimer…), trouble psychotique, consommation de substances, épisode dissociatif, confusion… Il existe de multiples situations, temporaires ou non, dans lesquelles nos proches, ou des inconnus, peuvent tenir des propos qui ne collent pas avec la réalité.

Seulement, dans une telle situation, on ne sait pas toujours comment réagir. Faut-il renchérir leurs propos délirants pour ne pas les brusquer, ou au contraire les ramener systématiquement à la réalité ?

Par définition, une personne délirante ne se rend pas compte de son état, et il peut être difficile d’interagir avec elle, par peur de la faire souffrir ou de réactions imprévisibles.

Si vous estimez que votre proche a besoin d’aide, encouragez-le à consulter, même si ce n’est pas une décision facile.

Si votre proche n’est pas en pleine possession de ses facultés mentales, il peut ne pas être en état de prendre
ce genre de décisions par lui-même.
Faites appel à un médecin pour vous conseiller : son médecin traitant, un psychiatre, ou un médecin des urgences. 

Ne pas enjoliver les propos délirants

Si vous décidez de « rentrer dans le délire » de votre interlocuteur pour ne pas le brusquer, prenez garde à ne pas accentuer son écart à la réalité :

Évitez de poser trop de questions ouvertes sur le contexte dans lequel la personne pense se trouver. Une fois que vous avez identifié la situation à laquelle elle pourrait faire référence (ex: personne âgée souffrant de la maladie d’Alzheimer, qui vous prend pour une autre personne), ne lui demandez pas trop de détails sur la situation, qui l’inciteraient à s’ancrer plus profondément dans la situation fictive.

Ne rajoutez pas d’éléments l’éloignant de la réalité. Il peut être tentant d’amener votre propre interprétation de la situation, pour apaiser les émotions négatives de votre interlocuteur (ex: dire à une personne souffrant d’un trouble psychotique que ses pouvoirs ressentis viennent d’une magie qui lui est propre, et non d’une attribution divine). Évitez d’amener ce genre de détails ou d’interprétations supplémentaires ; d’une part, car rien ne vous indique qu’ils provoqueront effectivement un effet apaisant ; d’autre part, car ils ne feront qu’augmenter l’écart à la réalité et donc le risque de réactions imprévisibles.

 

Ne pas ramener la réalité de force

Si vous décidez de rapprocher votre proche de la situation réelle, par exemple car la croyance délirante est anxiogène, ou tout simplement pour lui permettre de connaître la vérité, soyez prudent afin de ne pas le faire de manière brutale :

Ne rappelez pas brutalement à une personne que le proche qu’elle mentionne est décédé, ou autre événement violent. Si une personne âgée demande à parler à l’un de ses parents, évitez les formulations du type « Mais vous savez bien que cela fait trente ans qu’elle est morte ! ». Si votre interlocuteur n’a visiblement pas conscience sur l’instant du décès de cette personne, vous n’allez pas le lui rappeler mais le lui apprendre. Bien que le souvenir de l’annonce du décès existe, il n’est actuellement pas accessible. Choisissez donc si vous souhaitez vraiment effectuer ce rappel, et si oui, prenez la même délicatesse que si vous l’annonciez pour la première fois.
Sans ces précautions, la personne peut percevoir cette annonce comme très violente et stressante, ou tout simplement ne pas vous croire, et ainsi perdre sa confiance en vous ou entrer en conflit avec vous.

Ne pas se placer en opposition avec la personne. Quelque soit le contexte, essayez de protéger la confiance que la personne peut avoir en vous : méfiez-vous de vos propres émotions négatives potentielles (agacement, impatience, anxiété, ton de reproche…). Amenez les choses avec douceur, et n’insistez pas si elle refuse les informations que vous lui proposez. Essayez autre chose.

 

Statue dont il manque le haut du crâne

Prendre en compte ses émotions

Après lecture des paragraphes précédents, vous vous sentez peut-être un peu perdu·e.
« Dois-je ramener la personne à la réalité ou non ? »

La personne qui vous tient des propos délirants ne se base pas sur des faits réels ou actuels, mais les émotions qu’elle vit par rapport à ce contexte sont, elles, réelles et tangibles.

Identifiez l’état émotionnel de la personne. Est-elle apaisée par cette rupture avec la réalité, ou vous paraît-elle angoissée, triste, en colère ?
Une fois que vous avez identifié le contexte où pense se trouver la personne sans avoir demandé trop de détails, vous pouvez utiliser des questions ouvertes pour savoir comme la personne se sent.
Une question ouverte est une question par laquelle la personne peut répondre plus librement que par un simple oui/non. Exemple : « Comment te sens-tu ? » plutôt que « Est-ce que tu te sens […] ? »
Pouvoir expliquer comment elle se sent peut déjà lui permettre de s’apaiser.

Prenez son état émotionnel comme critère de décision pour la manière dont vous allez réagir :

– La personne semble bien se sentir. Ai-je vraiment besoin de la ramener à la réalité ? Si oui, pour quelle raison ? Quel bénéfice cela lui apporte-t-il ?

– La personne montre des émotions négatives. Réfléchissez à ce qui serait le plus efficace pour l’apaiser :

La ramener à la réalité ? Exemple : un·e militaire en état dissociatif suite à un traumatisme de guerre : « Nous sommes en 2021, tu es chez toi, je suis […], tu es en sécurité, tout va bien. »

Amener juste assez d’éléments réels pour résoudre le problème ? Exemple : une personne âgée pense qu’elle doit aller travailler dans sa ferme alors qu’elle est à la retraite depuis longtemps : « Vous avez confié la ferme à votre fils, c’est vous qui l’avez choisi pour [telles raisons positives]. Soyez tranquille, les animaux sont entre de bonnes mains. »

Dévier légèrement la conversation pour la réorienter sur un élément de son discours qui est plus apaisant ? Exemple : une personne en état de paranoïa en raison d’un trouble psychotique, qui accuse quelqu’un de conspirer contre elle : lui demander quelles sont les choses qui, au contraire, la font se sentir en sécurité et en confiance.

Faire carrément diversion ? Exemple : un·e inconnu·e sous l’emprise d’une substance psycho-active (drogue, alcool…) qui cherche le conflit : changer de sujet pour l’amener sur un autre qui génère plutôt des émotions positives (de préférence plutôt un sujet autre que la consommation).
Changer de sujet peut parfois suffire pour que le discours délirant ne revienne pas. Quand cela échoue, c’est souvent parce que les émotions à l’origine du délire ou provoquées par celui-ci n’ont pas suffisamment été prises en compte !

Adaptez-vous aux émotions de la personne, c’est la clé pour choisir quelle réaction de votre part pourra être la plus bénéfique.

 

Être à l’écoute de vos propres besoins

Comme nous avons pu le voir dans cette série d’articles, votre intervention sera moins efficace si elle vous met vous-même dans une situation de détresse.

Quelque soit le contexte, prenez toujours en compte vos propres émotions, capacités, et niveau de fatigue dans l’aide de votre proche, d’un patient, ou même d’un inconnu.

Si vous vous sentez surmené·e, autorisez-vous toujours à vous faire aider ou remplacer: ce n’est jamais un signe de faiblesse ni d’abandon, et c’est comme ça que vous pourrez continuer d’aider et de rester présent·e sur le long terme !

Être soignant·e, être l’aidant d’un de ses proches, ou intervenir pour aider un citoyen en situation de crise, n’est pas chose facile, mais permet de resserrer les liens de notre tissu social. Prenez soin de vous et des autres !

Suggérer un thème d'article :

10 + 5 =

Être informé.e quand un nouvel article sort :

13 + 12 =

Proposer une modification de l'article :

10 + 15 =

Cet article a-t-il été utile pour vous ? Utile 👍 Pas particulièrement 👎 0 personnes ont trouvé cet article utile.