Comment a-t-on tendance à réagir lors d’une situation de stress très intense, comme un traumatisme ?

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Si vous avez déjà vécu un événement de stress intense, vous avez peut-être remarqué qu’il avait été difficile de réfléchir normalement, que vous vous étiez senti·e comme paralysé·e, vous ne vous êtes peut-être pas reconnu·e dans votre réaction, ou encore vos souvenirs de l’événement vous paraissent un peu flous et confus.

Comment cela se fait-il ?

Lors d’un événement traumatisant, notre cerveau ne réagit pas de la même manière qu’en temps normal.
Focalisés sur la situation, nous allons avoir tendance à nous échapper, à réagir par la force, ou à rester totalement pétrifiés.

 

Une réaction normale et adaptée
de notre cerveau

Selon les activités, nous pouvons choisir de réagir de manière volontaire et réfléchie (ex : prendre une décision), ou de laisser faire notre « pilote automatique » pour les situations que nous connaissons bien ou qui ne nécessitent pas de réflexion (ex : retirer sa main d’une surface trop chaude). La plupart du temps, nous pouvons choisir sur le coup si nous utilisons plutôt l’un ou l’autre, et changer selon les moments. Lorsque l’on conduit, par exemple, on ressent souvent ce passage du mode concentré et volontaire au « pilote automatique ». Notre cerveau nous laisse accès à toute la palette de nos réactions.

Il existe différents niveaux d’intensité du stress. En situation de stress intense, notre cerveau utilise nos émotions pour couper certaines de nos réactions possibles, et va avoir tendance à passer en pilote automatique. Deux raisons à cela : nous permettre de réagir plus vite (si j’ai 10 possibilités de moins à envisager, je me déciderai plus vite), et nous orienter vers les réactions qui, biologiquement, sont souvent les plus adaptées.
Le cerveau va également focaliser notre attention vers la source de la peur : c’est pour ça qu’il est très difficile de l’ignorer ou de penser à autre chose. L’organisme cherche à ne manquer aucune information importante, dont notre survie pourrait dépendre.

Ainsi, lors d’une situation de stress où l’on se sent dépassé·e, nos réflexes vont majoritairement nous guider vers trois types de réactions :

 

1. La fuite

Face à un événement terrifiant, une des réactions les plus spontanées est la fuite. Le stress joue un rôle de préparation de notre organisme à cette éventualité : mon rythme cardiaque et ma respiration s’accélèrent, mes muscles se contractent (et s’oxygènent), je me sens monté·e sur des ressorts… si je décide de partir en courant, mon départ sera bien plus vif que si je m’étais senti·e parfaitement tranquille.

Selon notre évaluation de la situation, nous aurons tendance à choisir la fuite quand nous avons l’impression que nous ne pouvons agir de manière efficace, par exemple quand la source de la menace nous parait comme bien plus forte que nous.

Au niveau du développement de notre espèce, cette réaction pouvait apparaître tout à fait spontanément en rencontrant un prédateur.

2. L’attaque

Les réactions physiologiques du stress nous préparent à la fuite, mais, comme vous l’avez peut-être remarqué, ces mêmes modifications sont aussi utiles pour contre-attaquer. Si je décide que j’ai une chance pour me défendre voire moi-même attaquer face à la menace, un sentiment de colère et une tension dans mon corps rendront ma réaction plus efficace, plus puissante et plus menaçante.

Lorsque l’origine de la menace est concrète (ex : agresseur, animal sauvage, …), la réaction d’attaque, allant de la simple légitime défense à la neutralisation complète, aura tendance à se tourner directement vers elle.
Lorsque l’origine de la menace est plus abstraite (ex : examen médical, scolaire, présentation orale, …), on peut se sentir dépassé·e par une réaction physiologique un peu disproportionnée pour les avantages qu’elle apporte… Je ne vais pas me battre contre mon médecin, mon enseignant ou mon collègue ! En revanche, cette énergie peut être transformée en combativité (« sublimée », comme diraient mes confrères psychanalystes) pour agir indirectement contre la menace.
Par ailleurs, lorsque le stress n’est pas trop élevé, il peut agir comme un « boost » au niveau neurologique, en nous permettant de réfléchir et réagir un petit peu plus vite. C’est pour ça que l’on dit que le trac avant un examen est quelque chose de sain !

 

3. La sidération

Statue dont il manque le haut du crâne

Cette réaction, initialement moins connue mais qui commence à faire parler d’elle, est aussi fréquente que les deux premières dans les situations de « stress dépassé » : notre organisme évalue la menace comme insurmontable, notamment quand elle arrive par surprise et est brutale.

En situation de stress dépassé, notre organisme est surchargé par les hormones du stress telles que l’adrénaline ou le cortisol. Au lieu d’un boost permettant de nous mobiliser, le corps est comme paralysé, focalisé sur la menace mais incapable de réagir.
Le cerf qui traverse la route de nuit et se retrouve pris devant les phares d’une voiture restera figé dans sa direction, sans pouvoir reprendre son mouvement.

 

Bien souvent, ce phénomène, que l’on appelle la sidération psychique, s’accompagne de symptômes de dissociation : notre cerveau nous déconnecte de la situation trop insupportable pour nous protéger, en nous forçant à prendre du recul. De nombreuses personnes victimes de traumatisme rapportent ainsi avoir eu l’impression d’être dans un cauchemar, de ne pas être dans leur propre corps, de se voir à la troisième personne, ou encore de n’avoir ressenti aucune émotion.
Il s’agit d’une réaction extrême de protection mise en place par notre cerveau, quand il considère que nous n’avions de toute façon aucune emprise sur la situation.
Muriel Salmona, psychiatre française, est très pédagogue sur ce sujet.

 

Parfois, le stress élevé, la sidération ou la dissociation influencent notre mémoire de l’événement : enregistré de manière déconnectée du corps, le souvenir sera flou, incohérent, incomplet, voire inaccessible (c’est l’amnésie traumatique).
Au contraire, le souvenir peut aussi être incroyablement précis, comme si la situation avait été enregistrée telle quelle, avec tout son contexte, ses images, ses sensations, ses pensées (c’est l’hypermnésie traumatique).

En anglais, ces réactions les plus fréquentes sont nommées les 3F : freeze, fight or flight – l’état paralysé (littéralement le « givre »), le combat ou la fuite. Notre cerveau supprimant momentanément l’accès à d’autres types de réaction, et changeant son mode d’analyse de la situation, on ne choisit pas toujours la façon dont on réagira face à une telle situation.

Très souvent, une victime de traumatisme peut culpabiliser de n’avoir pas eu une réaction différente. Elle compare son comportement au moment de l’action à une autre idée qu’elle s’en serait faite à tête reposée, en pleine possession de ses moyens. Parfois, ce sentiment de culpabilité peut aller jusqu’au sentiment d’être responsable de ce qui s’est produit, voire jusqu’aux idées suicidaires.

Pourtant, il n’y a pas à rougir de ces réactions :
– Elles sont naturelles, et des milliers d’années d’évolution nous ont conduits à nous tourner automatiquement vers ces réactions.
– Même si on ne s’en rend pas toujours compte, elles permettent parfois de « limiter les dégâts« . Si j’avais frappé mon agresseur au lieu d’être paralysé·e, n’aurais-je pas subi la même agression mais avec davantage de violence ? Si j’avais parlementé avec lui au lieu d’essayer de fuir, n’aurais-je pas été encore plus facilement immobilisé·e ?

En faisant de son mieux, notre cerveau remplit son objectif : rester en vie.

Si vous avez beaucoup de difficultés à vous remettre d’une situation de stress extrême, même lointaine, il est possible que vous soyez victime
d’un État de Stress Post-Traumatique.

Même si ce n’est pas toujours facile, envisagez de prendre rendez-vous auprès d’un psychologue pour présenter votre situation, recevoir des conseils, ou éventuellement commencer un suivi.