Quelqu’un m’a dit avoir des idées suicidaires. Que puis-je faire ?

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Si vous souffrez vous-même d’idées suicidaires, vous pouvez vous rendre directement à la Partie 3 de cet article.

Dans la Partie 1, nous avons vu comment vérifier si une personne en mal-être psychologique avait des pensées suicidaires ou non.
Si vous avez obtenu cette confirmation ou si l’un de vos proches s’est spontanément confié à vous, que pouvez-vous faire ?

Veiller sur une personne suicidaire peut sembler être une grande responsabilité, et être un moment stressant, d’autant plus qu’on ne sait pas toujours comment aider.

Que faire si une personne que je connais a des idées suicidaires ?

Pour commencer, il est bon signe que vous soyez au courant : statistiquement, les personnes qui bénéficient de soutien social pendant une telle période ont des chances beaucoup plus importantes de surmonter la crise. Le sentiment de solitude est un des pires éléments de la crise suicidaire, donc votre simple présence est déjà protectrice !

Voyons maintenant plus concrètement comment vous pouvez réagir face à une telle situation.

Ce que vous ne devez pas vous dire

Votre inquiétude voire votre anxiété peuvent parfois vous souffler de mauvais conseils ou impressions. Certains peuvent aussi tout simplement venir d’un manque de connaissances sur le fonctionnement de la crise suicidaire ; c’est normal : on en parle malheureusement très peu.

– « Lui en parler va empirer les choses. » Nous avons déjà répondu à cette inquiétude dans la première partie de l’article : proposer à votre proche une opportunité de « vider son sac » ne peut que lui faire du bien. Le pire scénario serait que vous vous disputiez ; cela peut arriver si la personne essaie de se mettre en retrait, et que, voyant cela et étant inquiet, vous essayiez de la « forcer » à se confier à vous. C’est une situation où vous avez de bonnes intentions, mais où vos émotions vous font mal réagir.
Pour éviter cela, essayez de respecter les limites posées par la personne (elle a le droit de le faire même si elle ne se sent pas bien). Vous avez le droit de lui préciser que les idées suicidaires vont l’attirer vers la solitude plus qu’à son habitude, mais respectez tout de même son choix.
Essayez aussi d’empêcher vos propres émotions de vous submerger (on en reparle plus loin dans cet article).

– « Il n’y a rien que je puisse faire pour améliorer les choses. » Heureusement, c’est faux ! La meilleure situation pour aider votre proche, c’est d’avoir quelqu’un qui lui apporte un soutien social/amical (vous, au moins !), qui tient personnellement à elle/lui, et un professionnel de santé, qui aura une bonne distance en termes d’émotions, et saura comment la/le protéger.

– « Il faut du courage pour se suicider. » Le courage est un concept moral, dont vous n’avez pas besoin pour réfléchir à des questions de santé mentale. Est-ce que rester en vie, ce n’est pas courageux ? Est-ce que réussir à parler du problème à quelqu’un, ce n’est pas courageux ?
Il n’y a pas d’intérêt à admirer les personnes qui font une tentative de suicide. Elles méritent évidemment respect et compassion, mais encenser le fait de passer à l’acte ne va pas leur être utile.

– « Cette personne parle de se suicider pour un oui ou pour un non. Je pense que c’est juste un appel à l’aide, mais elle ne le fera pas vraiment. » Même si vous avez peut-être raison (certaines personnes, par exemple celles qui souffrent de ce qu’on appelle le trouble de la personnalité borderline, peuvent involontairement utiliser des comportements-symptôme de « chantage au suicide »), partez toujours du principe que vous avez tort, et évacuez cette question.
D’une part, si vous vous trompez effectivement, et que la personne fait une tentative de suicide ou réussit à se suicider, vous allez culpabiliser.
D’autre part, même si elle ne le fait pas, ou si elle fait une/des tentative(s) qui vous paraissent n’avoir aucun risque mortel, cette situation montre une grande souffrance. La personne a tout de même besoin de votre soutien, et de l’aide d’un professionnel.

Évaluer la gravité du risque suicidaire

Les psychologues et autre professionnels de santé mentale ont une méthode précise pour évaluer la gravité, le « niveau de risque », des idées suicidaires. Elle s’appelle le modèle RUD (pour Risque – Urgence – Dangerosité).

En tant que proche, vous n’avez pas à effectuer ce travail, mais j’en reprends quelques éléments dans la partie qui suit, car certaines informations peuvent vous être utiles, notamment pour décider à quel moment vous estimez nécessaire de prévenir les urgences même contre l’avis de votre proche.

Pourquoi vous n’avez pas à essayer d’utiliser le modèle RUD

Vous n’y arriveriez pas bien, car l’évaluation du risque suicidaire nécessite de bien connaître ce domaine, et que vos propres émotions vont vous empêcher de voir la situation de manière objective et claire.

Vos émotions ne sont pas une chose négative : votre proche en a besoin ! C’est une mauvaise chose pour un professionnel de laisser ses émotions influencer son jugement, mais les amis, eux, sont en partie là pour ça ! Votre sympathie et même votre inquiétude font partie du soutien que vous pouvez apporter.

Ce que vous pouvez demander à votre proche

♦ Plus d’informations sur les idées suicidaires.
1. A quelle fréquence apparaissent-elles ? Est-ce que c’était juste une fois ? Certains d’entre nous plaisantent à propos du suicide, et dans une certaine mesure, il semblerait que ce soit une pensée saine et complètement normale.
Ou est-ce que ça revient ? Est-ce c’est la conclusion de toutes les réflexions sur ses problèmes ? Est-ce que cela commence à leur apparaitre comme la « seule solution » ?
Faites attention à la différence entre ce que la personne vous dit et ce qu’elle pense. Vous ne pourrez pas faire mieux que le lui demander.

2. Est-ce que la personne est d’accord avec ses pensées suicidaires ? Si elle vous dit « j’y ai pensé, mais c’est complètement stupide/ça ne m’avancerait à rien/je ne ferais jamais ça », ou autre genre de propos qui critiquent l’idée de suicide, c’est bon signe.
Si elle a l’air « d’adhérer » à ces pensées, d’y croire, c’est plus inquiétant.

3. Est-ce que la personne a un plan pour se suicider ? C’est le point le plus important. Tant que le suicide n’est qu’une idée, à part chez les personnes très impulsives qui ont davantage de risques d’agir sur un coup de tête, il est peu probable que votre proche fasse une tentative. Si il/elle sait déjà comment il/elle s’y prendrait, cela le rend possible.
Demandez-lui quel est le plan. Est-ce qu’il vous paraît impossible à réaliser ou inefficace ? (dans ce cas, merci de ne pas lui dire !) Ou à l’inverse est-ce quelque chose de réaliste et déjà accessible ?
Est-ce qu’il/elle sait quand il/elle le ferait ?
Quand vous avez ces informations, la situation commence à ressembler à une bombe à désamorcer. Le risque suicidaire peut en effet être une urgence à ce stade. On en reparle dans la partie sur ce que vous pouvez faire.

♦ Si quelqu’un d’autre est au courant de la situation. Être seul pour aider une personne suicidaire peut être un poids lourd à porter. Cela rend aussi plus probable que personne ne remarque quelque chose d’important. Vous pouvez enfin avoir peur que quelque chose se passe à un moment où vous n’êtes pas disponible.
Si vous êtes un ami, demandez si quelqu’un de la famille est au courant de la situation, et vice versa. S’il n’y a personne, encouragez la personne à le dire aussi à quelqu’un d’autre de confiance. Si elle refuse, vous pouvez lui préciser que vous avez peur qu’elle ait besoin de vous à un moment où vous n’êtes pas là, mais autrement, respectez son choix. Si vous prévenez quelqu’un d’autre que les urgences sans son accord, vous pourriez perdre sa confiance.

♦ Si vous avez sa permission d’être en contact avec l’autre personne au courant, si elle existe Demandez la permission de communiquer avec cette personne. Cela peut être utile dans plusieurs situations : échanger des informations, vous rassurer quand vous n’avez pas de nouvelles, vous relayer… Si elle refuse, respectez son choix, et ne l’enfreignez qu’en cas de force majeure (si vous avez l’impression que votre proche est actuellement en train de faire une tentative de suicide, par exemple).

♦ Si votre proche a parlé de sa situation avec un professionnel de santé. A part les autres proches, un professionnel (le médecin généraliste, un psychologue, un psychiatre…) peut vous aider à sauver la personne : il saura quoi faire, et pourra faire ce qu’un ami ne peut pas. Il peut aussi aider votre proche à travailler sur les problèmes qui sont à l’origine des idées suicidaires. La crise suicidaire n’arrive jamais en l’absence de tout autre problème.
Si le risque suicidaire vous semble imminent, vous voudrez peut-être appeler les urgences pour empêcher votre proche de faire une tentative. Mais s’il/elle vous a explicitement demandé de ne pas le faire, vous allez peut-être craindre que cela détruise votre relation. Si un professionnel peut le faire à votre place, vous n’aurez donc pas à endosser ce rôle.
Dans le cas où votre proche n’en a parlé qu’à des personnes de son entourage, encouragez-le/la fortement à aller vers un professionnel, quitte à l’aider dans cette démarche avec son accord. C’est la chose la plus prudente à faire, mais cela ouvre aussi de nouvelles solutions auquel votre proche n’a pas encore accès. Il/elle a parfois de bonnes raisons personnelles de ne pas avoir envie de faire cette démarche. Proposez-lui alors d’essayer une nouvelle personne ou institution, pour tenter quelque chose de nouveau. Si le coût est un problème, sachez qu’un suivi psy est gratuit dans de nombreuses structures (CMP, mais où les temps d’attente sont malheureusement longs, ou de préférence service d’urgences psychiatriques d’un hôpital).

Ce que vous pouvez faire

Comme nous l’avons dit dans la première partie de l’article, ne vous forcez pas à faire des choses qui vous mettraient vous-même en détresse. Respectez vos limites et capacités sans culpabiliser, c’est comme ça que vous pourrez apporter un soutien de qualité et durable.

♦ Être présent. Cela peut être physiquement, mais aussi virtuellement (téléphone, visio…). Les messageries instantanées donnent une impression de contact quasi-permanent et sont utiles, mais utilisez aussi une source de contacts au moins vocale ! Un simple coup de téléphone, en plus de mieux vous laisser percevoir les émotions et exprimer les vôtres, offre aussi un vrai moment de coupure où aucun de vous deux ne fait autre chose en même temps.
En cette période de pandémie, l’isolement social est plus important pour tout le monde, et beaucoup en souffrent de l’impossibilité de voir physiquement leurs proches… En cas d’urgence, sachez qu’une urgence psychologique est aussi valable qu’une autre, et servez-vous-en comme motif d’attestation.

♦ Exprimer votre inquiétude. Comme on l’a dit plus tôt, il y a un bon équilibre à trouver : lui faire savoir qu’il/elle compte pour vous et que sa situation vous importe, mais sans laisser vos émotions vous submerger. Sinon, il/elle pourrait se sentir coupable que vous vous inquiétiez, voire pire, essayer de vous remonter le moral, ce qui peut inclure de vous mentir sur sa situation. Suivez votre instinct sur la façon dont vous voulez montrer vos émotions, mais je vous encourage, d’une part à mettre au maximum des mots sur les choses, et d’autre part à éviter de mettre la personne en situation « d’ultimatum ».
On a vu qu’il pouvait être très difficile d’accepter un refus de votre proche alors que vous essayez de le/la protéger. Pour éviter cela, ayez un comportement affirmé, non pas au sens commun du terme, mais au sens de l’affirmation de soi, en psychologie (un article sur ce concept pourra être intéressant) :
Verbalisez les choses, cela aide à baisser la tension de la situation. Ex: « Si j’insiste autant, c’est parce que j’ai peur pour toi »
Faites ensemble la différence entre vos émotions et les faits. Ex: « Actuellement tu as envie de rester seul(e), mais est-ce que c’est ce dont tu as besoin ? » ; « J’ai envie de respecter ton choix de n’en parler à personne, mais en cas de danger je devrai appeler les urgences » En effet, vous pouvez être en désaccord avec les faits mais pas avec ses émotions, et c’est là-dessus que vous pouvez vous appuyer pour avancer sans risquer votre relation.

♦ L’accompagner voir un professionnel. Après lui avoir posé la question, parfois, la personne est d’accord pour consulter quelqu’un, mais trouve ça trop difficile. La difficulté à faire des choses peut faire partie de la crise suicidaire. Vous pouvez lui proposer de prendre le rendez-vous avec elle et de l’y accompagner (jusque dans la salle d’attente seulement, bien sûr). Cela lui permettra d’y aller plus facilement, et vous pourrez vous assurer qu’elle y va.

♦ L’aider à « désamorcer » le plan. La question du suivi par un professionnel devient indispensable à ce stade de la crise. Mais en attendant, si la personne a déjà un plan pour se suicider, réfléchissez avec elle sur comment l’empêcher de fonctionner. Si ce sont des médicaments, est-ce que quelqu’un peut les récupérer, et ne lui donner que la quantité nécessaire en temps et en heure ? Si c’est une arme, peut-on la retirer de son logement, la rendre inaccessible, ou séparer l’arme des munitions ? Si c’est un moment spécifique, peut-on l’empêcher d’arriver ?
N’essayez pas de jouer à l’agent secret en faisant ça dans le dos de votre proche, faites-le avec lui/elle.
Si vous réussissez et qu’un nouveau plan apparait, recommencez : c’est tout de même une victoire !

♦ Lui proposer d’être son contact d’urgence. Passez comme un « contrat » avec elle: « au moment où tu sens que tu vas le faire, appelle-moi à la place. Appelle-moi avant de le faire. »
On voit ici l’intérêt de ne pas être la seule personne à soutenir votre proche : vous pourriez avoir peur d’aller prendre une douche et de rater un appel.
Quand tous vos espoirs reposent sur cette possibilité, considérez sérieusement que la situation est assez critique pour appeler les urgences.

♦ Lui proposer de l’héberger temporairement. Le sentiment de solitude est horrible quand on a des idées suicidaires. C’est une des raisons pour lesquelles cette période est aussi dangereuse, psychologiquement parlant (voir cet article). Si votre proche vit seul(e) et que vous vous inquiétez trop, vous pouvez lui proposer cette solution pour pouvoir veiller sur lui/elle. Cela peut aussi être un moyen de faire obstacle à certains types de « plans ». Bien sûr, ne le proposez que si votre propre situation le permet.

Appeler les urgences. Si vous pensez qu’une tentative de suicide va se produire, c’est un problème médical suffisamment grave pour appeler les urgences (SAMU, pompiers). Même si la personne vous a demandé de ne pas le faire, réfléchissez-y quand même, s’il-vous-plaît.
Vous n’êtes pas obligé d’attendre qu’une tentative de suicide ait lieu pour appeler ! Le risque suicidaire est un danger médical.

J’espère que cet article a pu vous être utile et vous rassurer un peu.

Si les idées suicidaires sont une situation qui vous touche personnellement, vous pouvez lire la Partie 3 de cet article de prévention du suicide.

Prenez soin de vous et de vos proches !

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